Oiseaux

Le colibri

Le colibri pèse 2 à 20 g, bat des ailes jusqu'à 80 fois par seconde et ne vit à l'état sauvage que sur le continent américain. Ce qu'on prend pour un colibri dans un jardin français est un papillon, et un fossile trouvé en Provence complique un peu l'affaire.

Par Marion Delahaye Publié le 4 août 2026 8 min de lecture

Un colibri en vol stationnaire devant une fleur rouge, les ailes floues, le bec engagé dans la corolle.
TrochilidaeSpringWild, CC0, via Wikimedia Commons

Le 1ᵉʳ avril 2017, France 3 Hauts-de-France annonçait que le colibri envahissait la baie de Somme et y faisait des dégâts. Picardie Nature a démenti : poisson d’avril. Le sujet a circulé quand même, et il circule toujours, parce qu’il s’appuyait sur une observation que des milliers de gens font chaque été devant leurs massifs.

Trois cent soixante-six espèces de colibris sont décrites, réparties de l’Alaska à la Terre de Feu, et aucune ne vit en Europe. Ce qui butine en vol stationnaire devant une lavande française est un papillon de la famille des sphinx, Macroglossum stellatarum.

Le colibri ne vit à l’état sauvage que sur le continent américain

La famille des Trochilidés rassemble 366 espèces dans 112 genres. L’Équateur en héberge 163 à lui seul, le Chili et la Patagonie ferment la répartition au sud, le colibri roux, Selasphorus rufus, niche jusqu’en Alaska. Rien de tout cela ne touche l’Ancien Monde.

Le colibri à gorge rubis, Archilochus colubris, est le seul qui niche à l’est de l’Amérique du Nord. Il traverse les 800 km du golfe du Mexique d’une traite, pour un oiseau de 7,5 à 9 cm.

L’absence de donnée n’est pas une donnée d’absence. La règle vaut partout, et elle tombe ici : l’Europe de l’Ouest est le territoire le plus prospecté au monde par les ornithologues amateurs, et aucun comité d’homologation n’y a validé une seule donnée de Trochilidé sauvage. L’absence est mesurée, pas déduite d’un manque de recherche.

Le commerce

Les colibris relèvent de la convention de Washington. L'inscription à son annexe II date du 22 octobre 1987, et l'annexe B du règlement européen 338/97 les reprend depuis le 1ᵉʳ juin 1997. Tout mouvement commercial d'un spécimen, vivant ou naturalisé, suppose des documents. Une vitrine d'oiseaux montés héritée d'un grand-oncle n'est donc pas librement cessible, et les vieilles collections d'histoire naturelle en contiennent beaucoup.

Deux grammes pour la plus petite espèce, vingt pour la plus grande

Chez le colibri d’Elena, Mellisuga helenae, endémique de Cuba, la femelle pèse 2 g pour 5 à 6 cm bec et queue compris. C’est le plus petit oiseau connu, et l’écart de masse avec un moineau domestique est d’un facteur douze.

À l’autre bout de la famille, le colibri géant, Patagona gigas, atteint 21 cm pour 20 g. Un facteur dix sépare donc les deux extrêmes du groupe, ce qui interdit de parler du colibri au singulier dès qu’on aborde une mesure. Les chiffres de battements d’ailes, de vitesse et de consommation qui circulent sur les réseaux viennent presque tous d’une poignée d’espèces nord-américaines mesurées en laboratoire.

Les ailes battent 8 à 80 fois par seconde selon la taille de l’oiseau

La fréquence de battement suit la masse. Huit à dix battements par seconde suffisent au géant, les espèces moyennes en font 20 à 25, les plus petites dépassent 70, et les piqués de parade ont été mesurés jusqu’à 200. Le gorge-rubis se situe entre 55 et 75 en vol stationnaire.

Le vol de croisière tient 30 à 45 km/h, le piqué monte à 96 km/h. Aucun autre oiseau ne fait de vol arrière soutenu : l’épaule pivote et l’aile décrit un huit, ce qui produit de la portance à l’aller comme au retour.

Ce sont des mesures d’appareil, caméra rapide ou soufflerie, sur un petit nombre d’espèces. Elles ne se transposent pas aux 366.

La nuit, la température corporelle tombe de 40 à 20 °C

Le régime est composé à environ 90 % de nectar et 10 % d’arthropodes, ces derniers apportant la totalité des protéines. Un adulte ingère chaque jour près de la moitié de sa masse et se nourrit 5 à 8 fois par heure, par prises de 30 à 60 secondes.

Ce budget ne tient pas la nuit. L’oiseau entre alors en torpeur : la température corporelle passe d’environ 40 °C à 20 °C, et le cœur, qui dépasse 1 200 pulsations par minute au repos diurne, descend vers 50. Le réveil prend une vingtaine de minutes. Un colibri en torpeur, trouvé accroché à une branche, paraît mort et ne l’est pas.

Ce qui butine devant une lavande française est un moro-sphinx

Le moro-sphinx est un papillon de nuit qui vole de jour. Envergure 40 à 50 mm, jusqu’à 75 battements d’ailes par seconde, 40 km/h en moyenne et 50 en pointe. Il vole de fin mars à novembre en générations qui se succèdent, occupe aussi bien un parking qu’un alpage jusqu’à 2 500 m, et n’est protégé nulle part, l’espèce étant commune dans toute la France. La femelle pond environ 200 œufs, et la chenille se développe sur les gaillets.

La confusion se répète chaque été et elle est logique : même vol stationnaire, même trajectoire de fleur en fleur, mêmes heures chaudes, et un animal qui ne se pose jamais assez longtemps pour qu’on l’examine. La LPO lui consacre une fiche d’espèce et un observatoire participatif l’a pris comme sujet, ce qui donne la mesure du nombre de gens qui posent la question.

Antennes, trompe et six pattes : les critères qui tranchent

Quatre critères tranchent sans jumelles. Deux antennes en massue partent du dessus de la tête, ce qu’aucun oiseau ne porte. La trompe s’enroule sous la tête au repos, quand un bec reste rigide. Les pattes sont au nombre de six. Et ce qui reste sur les doigts après contact est une poussière d’écailles, jamais une plume.

Un second sphinx entretient la confusion, le sphinx gazé, Hemaris fuciformis, 4 à 5 cm d’envergure. Ses ailes perdent leurs écailles au premier vol et deviennent transparentes, bordées d’un large liseré roux.

ColibriMoro-sphinxSphinx gazé
Groupeoiseaupapillonpapillon
Taille5 à 21 cm40 à 50 mm d’envergure40 à 50 mm d’envergure
Battements par seconde8 à 80jusqu’à 75jusqu’à 70
Antennesaucunedeux, en massuedeux, en massue
Bouchebec rigidetrompe enroulée au repostrompe enroulée au repos
Ailesplumesopaques, brunes et orangéestransparentes, bord roux
En Franceaucune donnée sauvagecommun, mars à novembrecommun, mai à juillet
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Un colibri fossile a été trouvé dans les Alpes-de-Haute-Provence

Le gisement d’Oppedette, dans le bassin d’Apt, a livré un squelette presque complet dans des calcaires très fins : bec entier, appareil hyoïdien lisible, empreintes de plumes conservées au-dessus de la tête. La pièce a été décrite en 2008 par Antoine Louchart et ses coauteurs, et rattachée au genre Eurotrochilus, créé par Gerald Mayr en 2004 sur du matériel allemand de Frauenweiler. Un troisième gisement, polonais, a donné une seconde espèce.

Les trois sont européens et datent de l’Oligocène inférieur, entre 34 et 28 millions d’années. Le bec y mesure déjà 15,5 à 20 mm, soit deux fois et demie la longueur du crâne : ces oiseaux butinaient en vol stationnaire.

La conclusion appartient aux paléontologues qui ont signé ces descriptions, et elle est nette sur un point : la répartition strictement américaine des colibris est un état actuel, pas une règle. Le groupe a vécu ici, il n’y est plus, et le seul colibri français tient dans une plaque de calcaire du Luberon.