Cause animale

Pitbull : les pays qui l’interdisent, et ce que ça a donné

Sept pays visent encore des races nommées, quatre ont défait ce qu’ils avaient voté. Les hospitalisations pour morsure là où l’interdiction du pitbull dure depuis vingt ans, et la raison pour laquelle ces chiffres ne prouvent pas ce qu’on leur fait dire.

Par Yann Kerbrat Publié le 7 août 2026 6 min de lecture

Un chien de type pitbull adulte debout de profil en extérieur, poil ras, tête large et poitrail épais.
Canis lupus familiarisA S M Jobaer, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Je décroche la carte punaisée au-dessus du bureau du refuge et je retire la punaise rouge posée sur le Québec. Elle n’a jamais eu lieu d’être. L’interdiction des chiens de type pitbull annoncée à Québec le 13 avril 2017 n’est jamais entrée en vigueur, et le règlement qui s’applique là-bas depuis le 3 mars 2020 ne cite aucune race.

Ailleurs, les punaises tiennent. Une poignée de pays visent encore des races nommées, quatre juridictions ont défait ce qu’elles avaient voté, et là où l’interdiction dure depuis assez longtemps pour être suivie, les hospitalisations pour morsure ont monté.

Quels pays interdisent le pitbull, et lesquels ont fait marche arrière

PaysCe qui s’appliqueDepuis
Royaume-Uniquatre types interdits, l’American Bully XL ajoutéDangerous Dogs Act 1991, XL le 1ᵉʳ février 2024
Francecatégorie 1 : acquisition, cession et importation interditesarrêté du 27 avril 1999
Danemarktreize races interdites à la détention et à l’élevageloi de 2010
Allemagnequatre races interdites à l’importation, le reste par Landloi fédérale de 2001
Espagnehuit races encadrées, aucune interditeley 50/1999, toujours en vigueur
Irlandeonze races sous muselière et laisse courterèglement de 1998
Pays-Basplus aucune liste de racesabrogée en 2009
Italieplus aucune liste de racesordonnance du 3 mars 2009
Québecplus aucune liste de racesrèglement du 3 mars 2020

Deux de ces lignes ne sont pas des interdictions, et c’est la première chose qu’on lit de travers. L’Espagne et l’Irlande encadrent : muselière, laisse courte, licence municipale, et côté espagnol une responsabilité civile de 120 000 € au minimum. Cette garantie-là couvre ce que le chien fait aux autres, rien de ce qui lui arrive à lui, et un contrat santé est une autre affaire. La France, elle, interdit pour de bon. Restent le permis de détention, la muselière et la stérilisation pour les chiens déjà sur le territoire.

Ce que le Québec a fait de son interdiction annoncée en 2017

Le 13 avril 2017, le gouvernement québécois annonce l’interdiction des chiens de type pitbull et des rottweilers sur tout le territoire. Le projet de loi 128 est déposé dans la foulée. Il est adopté en juin 2018, sans la liste de races.

Le règlement d’application, en vigueur depuis le 3 mars 2020, tient entièrement sur le comportement : laisse obligatoire en lieu public, signalement à la municipalité de tout chien ayant infligé une morsure, examen par un vétérinaire, ordonnances au cas par cas.

Montréal avait pris les devants en septembre 2016, après une attaque mortelle. Ce règlement municipal a été suspendu le 20 décembre 2017, quelques semaines après le changement d’administration, puis retiré. Les deux textes que tout le monde cite comme « l’interdiction du pitbull au Québec » n’ont donc jamais interdit un chien plus de quinze mois.

Ce que les morsures montrent là où l’interdiction a tenu

Interdit depuisCe que le suivi a mesuréQui l’a mesuré
Angleterre1991hospitalisations pour morsure : 6,34 pour 100 000 habitants en 1998, 14,99 en 2018séjours hospitaliers anglais 1998-2018, publiés dans Scientific Reports en 2021
Irlande1998hospitalisations en hausse de 50 % entre 1998 et 2013The Veterinary Journal, 2015
Danemark2010aucun effet net sur les morsures, ni sur les humains ni sur les chiensévaluation de l’université de Copenhague, 2014
Pays-Bas1993morsures graves inchangées après quinze ansrapport du ministère néerlandais de l’Agriculture, 2008

1998 6,34

2018 14,99

Hospitalisations pour morsure de chien en Angleterre, pour 100 000 habitants, relevées sur les séjours hospitaliers de 1998 à 2018.

Le taux anglais a été multiplié par 2,4 en vingt ans, sous un régime d’interdiction. En 1991, on annonçait l’inverse.

Ce que ces chiffres ne permettent pas de dire

Trois réserves avant de conclure quoi que ce soit

Un dossier d’hospitalisation ne note pas la race du chien. On sait que le total a monté, on ne sait pas ce qu’a fait la part des races visées.

Le nombre de chiens a bougé pendant la période, et son propre comptage a changé de méthode : les enquêtes britanniques annonçaient 9 millions de chiens en 2019-2020, 12 millions en 2021, mais elles sont passées du porte-à-porte au questionnaire en ligne entre les deux. Les deux séries ne se comparent pas. Un taux par habitant n’est pas un taux par chien.

Vingt ans, c’est aussi le temps qu’il faut à des consignes de codage et à un seuil d’admission aux urgences pour changer sans prévenir personne.

Aucun de ces quatre suivis n’a trouvé la baisse annoncée. De là à dire que l’interdiction a aggravé les morsures, il y a un pas, et je le vois franchir chaque fois que le sujet arrive au comptoir du refuge.

Le Royaume-Uni a rallongé sa liste en 2024

À rebours de tout le reste. L’American Bully XL a été ajouté aux races interdites le 31 décembre 2023 pour l’élevage, la vente et le don, puis à la détention le 1ᵉʳ février 2024, hors certificat d’exemption.

Le mot interdiction est trompeur, et c’est ce qui a le plus surpris les refuges britanniques. Le ministère de l’Environnement annonçait en février 2024 plus de 55 000 chiens inscrits au registre d’exemption, chacun assuré, stérilisé, muselé et tenu en laisse en public. Ces chiens-là n’ont pas disparu du pays. Ils sont fichés, et ils vivent chez leurs propriétaires.

Les morts par morsure au Royaume-Uni : quatre en 2021, dix en 2022, neuf en 2023. Dix encore en 2024, l’année de l’interdiction. La RSPCA a demandé publiquement une refonte du dispositif.

Ce qui remplace la liste de races quand elle saute

2009l’année où les Pays-Bas et l’Italie ont retiré leur liste, à trois mois d’écart

Aux Pays-Bas, tout chien impliqué dans une attaque passe un examen comportemental, quelle que soit sa race. L’ordonnance italienne du 3 mars 2009 a supprimé l’annexe des races et l’a remplacée par des obligations valables pour tous les chiens : laisse courte partout, muselière portée sur soi. Le Québec a fait le même choix onze ans plus tard, en y ajoutant le signalement obligatoire par les vétérinaires et les municipalités.

Le Danemark montre le partage exact. Son interdiction de 2010 a fait ce pour quoi elle était écrite : les inscriptions dans les treize races visées ont baissé. Le nombre de morsures, lui, n’a pas suivi. Elle a atteint sa cible sans atteindre son but, et c’est le résumé le plus honnête qu’on puisse faire de quinze ans de liste danoise.

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