Est-ce que la loi de 2021 a interdit les delphinariums ?
Non, et le titre de presse que tu as en tête est faux. La loi n° 2021-1539 du 30 novembre 2021 n’a fermé aucun bassin. Elle a interdit deux choses, avec cinq ans de retard à l’allumage, et posé une exception qui avale le reste.
Son article 46 a créé l’article L. 413-12 du code de l’environnement. Il interdit les spectacles de cétacés et les contacts directs entre les cétacés et le public. Il interdit aussi de les détenir et de les faire se reproduire, « sauf au sein d’établissements mentionnés à l’article L. 413-1-1 ou dans le cadre de programmes scientifiques dont la liste est fixée par arrêté ». Les deux interdictions entrent en vigueur « à l’expiration d’un délai de cinq ans à compter de la promulgation ». L’arrêté d’application retient le 2 décembre 2026.
L’établissement de l’article L. 413-1-1, c’est un refuge sans but lucratif, où la vente, la reproduction et le contact avec le public sont proscrits. La France n’en a aucun qui accueille des cétacés. Restait le programme scientifique. Tout est passé par là.
Que devient un dauphin né dans un bassin français ?
Il reste dans un bassin, et le droit l’y autorise nommément. L’arrêté du 28 juin 2024, qui abroge celui de 1981, énumère à son article 1er ce qu’un établissement pourra détenir après le 2 décembre 2026. Trois cas, et ils ne se valent pas.
Les grands dauphins, Tursiops truncatus : ceux « nés et élevés en captivité », plus ceux déjà détenus régulièrement. Aucune date butoir sur la naissance. Un dauphin qui naîtra dans dix ans à Saint-Aignan entrera dans la même case que ses parents.
Les orques, Orcinus orca : seulement celles « régulièrement détenues avant le 2 décembre 2026 » sur le territoire national. Plus aucune ne naîtra légalement ici. C’est la seule interdiction sèche du texte, et elle porte sur deux animaux. Ce que le bassin fait à cette espèce-là n’est pas mon rayon, c’est dans la fiche de l’orque.
Troisième cas, les cétacés secourus, gardés le temps d’être soignés et relâchés. Le béluga remonté de la Seine le 10 août 2022 relevait de celui-là. Il est mort pendant le trajet vers Ouistreham.
Combien reste-t-il de cétacés en France, et où partent-ils ?
Vingt-cinq, répartis sur deux sites, et huit sont partis en Espagne en juillet 2026.
| Où | Combien | Ce qui s’est passé |
|---|---|---|
| Marineland, Antibes | 12 grands dauphins, 2 orques | fermé au public le 5 janvier 2025 ; 8 dauphins envoyés à Selwo Marina, près de Malaga, dans la nuit du 22 au 23 juillet 2026 ; 4 annoncés à Valence |
| Planète Sauvage, Port-Saint-Père | 11 grands dauphins, de 3 à 36 ans, arrivés en 2008 | départ prévu vers Beauval |
| ZooParc de Beauval | aucun pour l’instant | 40 millions d’euros, dix bassins sur deux hectares et demi, ouverture annoncée en avril 2027 pour 20 à 30 dauphins |
Wikie, née à Antibes en 2001, et son fils Keijo, né en 2013, attendaient un avion-cargo pour Loro Parque, à Tenerife.
Le 31 décembre 2024, le Conseil d’État (n° 490953) jugeait que la réglementation en vigueur interdit déjà les transferts de cétacés à des fins d’utilisation commerciale, en France comme vers l’étranger. Selwo Marina et Loro Parque vendent des billets à l’entrée.
Pourra-t-on encore voir un dauphin sauter devant du public ?
Oui, et le texte l’écrit. L’arrêté du 28 juin 2024 laisse les parcs accueillir du public. Son article 2 interdit « la mise en scène à des fins de divertissement devant un public d’exercices réalisés sous la contrainte », et ceux « ne correspondant ni à des comportements propres de l’espèce, ni à des intérêts pédagogiques, ni à des entraînements médicaux ».
Relis la fin. Un saut est un comportement propre de l’espèce. Un entraînement médical se fait devant témoins. Le patron de Beauval le dit sans détour : « pas de spectacles, ce sera une présentation totalement naturelle ». Au sens de l’arrêté, c’est juste.
Le texte ne fixe aucune dimension de bassin. Il demande que l’animal puisse « s’ébattre et sauter sans risque de toucher le fond ». Seule exigence chiffrable du chapitre, et elle n’est pas chiffrée.
Les parcs avancent la conservation. Le classement des espèces menacées n’est pas mon terrain, et je ne le citerai pas à leur décharge.
Le 2 décembre 2026, il n’y aura plus de spectacle de dauphins en France. Il y aura des présentations pédagogiques, devant les mêmes gradins.